Biz'arts, vous avez dit biz'arts ?

Projet prévu en version beau livre qui n'a pas vu le jour pour des raisons économiques...
Le but du jeu : des artistes proposaient des photos de leurs travaux et des auteurs écrivaient selon leur ressenti.

En voici qques exemples :                                                                         Arcboutée


                              Arcboutée
corde sensible
corde casse
corps flexible
cœur brisé
corps gracile
coup tordu
cœur vacille
coupe pleine
couple en peine
corne d'amertume
arc en fiel

  Nelly Bridenne
Mon cœur penche du côté de la déraison 
Sculpture sur bois flotté de Txakekta  


Visage sans présage 

Avec tes yeux ronds de hibou,
As-tu l’âme d’un grand grigou,
Ou d’un gros gourou ?
Patchwork de bois, tu es couleur caramel,
Puzzle rapiécé, aux saveurs d’hydromel.
Ton visage, au goût de pain d’épice,
Aux grignotages d’un bout, est propice.
Avec ton nez cassé de rugbyman,
As-tu croisé un virulent barman
Ou un vieux caméraman ?
Dans le champ de maïs, tu te morfonds
Tu ressembles à un épouvantail blond
Ta présence figée, à nous, s’impose
Alors que ta beauté, tu nous exposes.
Avec le sourire de ta bouche édentée
Cherches-tu à affirmer ta liberté
Ou à revendiquer ta célébrité ?
Mais, qui caches-tu derrière ton masque ?                   La chute de roms
Un veilleur de nuit fantasque ?                             Sculpture sur bois de Txakekta 
Ou un clown à la grande grimace,
Qui se moque de la limace ?
                                      
         Isabelle Onnaïnty 



Tête haute

Ne courbe pas tant l'échine !
Redresse-toi
Ancre toi, mieux que cela
Marche. 


Vanessa Mel  

sans titre / Sculpture sur bois de Txakekta






Trois matous

3 matous à peine mités me mataient à moitié :
Un Persan à piercing prénommé Persil,
Un Gouttière à l'air fier, balançant son derrière,
Un Chartreux à sa mémère lelevant sa papatte,
Un Siamois savoyard savourant une souris.

- Ben, j'croyais qu'ils étaient 3 ?
- Les Siamois comptent double !

             Texte et photo Nelly Bridenne 


Conception du bonheur


Est-il de plus douce contemplation
que celle du félin compagnon ?
Le chat roux s'abandonne
et délicieusement ronronne
nous gratifiant de précieux instants
comme autant de rares talismans
Le monde peut bien attendre
rien ne saurait suspendre
cette sieste enchanteresse
au royaume de la paresse
Empreinte de sérénité
de légèreté et en toute liberté
que le voilà jalousement envié !

             Sarah-Lou          

 Le droit à la paresse : encore qu'une utopie ? Isabelle Onnaïnty 

 Patou : un roux doudou Photo de Désirée Boillot


                                                                                     Partie de chasse


ésiré se préparait pour la battue : affublé de sa tenue kaki-mercenaire, protégé par son gilet jaune fluo et sa casquette orange sanguine, chaussé de ses bottes imperméables et le fusil cassé sur l'épaule - c'est plus prudent - il partait rejoindre ses collègues chasseurs : Riton, Fifi et les autres. Les "cochons" n'avaient qu'à bien se tenir ! Ce serait leur fête aujourd'hui ! C'est vrai quoi, disait Riton, ils nous envahissent ! Ils vont être bientôt plus nombreux que nous ! Néanmoins, Riton tenait le même discours à propos des sangliers et des étrangers... Premier arrêt obligatoire chez Marie-Line (rien à voir avec "Poupoupidou", ah non alors !) pour un p'tit caoua-Armagnac, la gnôle locale, histoire de réveiller son homme. La horde de viandards se rendit ensuite en lisière de forêt où Riton les plaça : une partie pour surveiller l'orée du bois sur toute sa longueur, et les autres pour s'enfoncer dans la pinède. On était fin octobre, l'été gascon était agréable, la brume s'était dissipée - sauf chez certains qui avaient abusé du café arrangé - le soleil était de la partie, la journée s'annonçait jouissive. Désiré était chasseur occasionnel : pas de chien, (son vieux Voyou était mort) il tirait maxi 10 cartouches par an et visait très mal. Il préférait de loin se promener dans la garenne, ramasser les cèpes en automne, les pignes parfumées qu'il jetait dans la cheminée et admirer les grues cendrées survolant la lande. Il avait répondu présent pour ne pas se fâcher avec Riton l'autoritaire. Bah, il n'était pas obligé de tirer. Il se positionna dans le bois en bout de file, assez loin de son voisin immédiat. Dans le sol sableux, il reconnut l'empreinte des sabots d'un chevreuil, suivit sa piste et l'aperçut, affolé par les aboiements des chiens et les détonations des fusils, détalant au plus vite. Ses sauts gracieux, sa tête élégante surplombée de bois, sa croupe blanche et sa robe fauve, lui amenèrent un sourire. Quel animal magnifique ! Quel don de la nature ! Jamais il ne lui ferait de mal... Soudain, Désiré ressentit une douleur vive à l'épaule gauche, qui le paralysa. Il s'affala sans bruit dans la bruyère, sa tête reposant sur un oreiller de tourbe et de mousse.
La mère nature rendit un hommage à ses sens en adoucissant ses derniers instants : des fougères dentelées protégèrent son visage de la brûlure du soleil ; des aiguilles de pin et un tapis d'humus ouaté embaumèrent délicatement sa couche ; des demoiselles peu farouches lui chatouillèrent le nez ; plus haut, sur un pin perché, un pic-vert accentua ses percussions, pendant que son voisin l'écureuil fronçait son museau en rythme ; enfin, en fond sonore, des corbeaux bavassèrent en total désaccord. Désiré ferma les yeux pour profiter de ces ultimes présents... Il ne sut jamais ce qui l'avait terrassé : le plomb d'un chasseur maladroit ou une banale crise cardiaque.

                                     Nelly Bridenne / Enlumigraphie de Gérard Caye

                                                             Promenade Hivernale


Sur un chemin en Champagne chaudement chaussé 
Un gentilhomme sillonne son royaume avec sa bien-aimée
Les visages figés dans ce paysage givré
Ils paraissent glisser à travers la futaie glacée
Le silence immobile de l'hiver les assiège
Les frimas sur eux referment leur piège
Les arbres ont revêtu leur costume duveteux
Leurs branches inanimées les rendent frileux
Sans mot dire, les châtelains cheminent
Lorsqu'enfin le château au loin se devine
Fourbus, mais soulagés d'être rentrés
Aux tisons, ils s'en vont se chauffer

Sarah-Lou / Enlumigraphie de Gérard Caye


                                    PORT D'HOURTIN

Profiter du dernier soleil de l'automne,
Écouter les mâts tintinnabuler,
Surprendre les lézards attardés,
Aspirer la brise odorante,
Fermer les yeux et s'isoler.

Une mouette ricane à proximité,
Un poisson curieux sort de l'eau et y replonge, déçu,
Une girouette oscille à n'en plus finir,
Elle claque pour signifier son incertitude.

De grosses bouées pustulent sur le rivage,
                                            Semblables à des grains de beauté sur un visage.
                                       Le sable mouillé absorbe mes pas.

                                                       Les bateaux quasi identiques, alignés, se côtoient,
                                                       Attendant disciplinés, leur maître,
                                                       La truffe humide, l'oreille aux aguets :
                                                           "Il fait beau aujourd'hui, on va peut-être sortir..."

                                                        Les pédalos inutiles font grève de la fin,
                                                           Les vagues scintillent en ondoyant,
                                                            Les pins résinent à qui mieux mieux...

                                                    Nelly Bridenne / Enlumigraphie de Gérard Caye



Une araignée au plafond

Ça n'arrête pas. C'est là. Sans faire de vagues. Ça joue les calmes, l'endormissement. Et dès que j'ai le dos tourné, bim, ça fonce. Ça tisse sa toile, telle une araignée, ça vous colonise. On m'en parle souvent, de mon araignée au plafond, si bien que j'y pense tout le temps, par arachnophobie. Au départ, l'on se demande si c'est du lard ou du cochon ? Ça vous inspecte, ça vous épie, sans grand mal, on se méfie. On surveille du coin de l'œil, la menace dans le collimateur, y'a pas mort d'homme, on veille au grain. Mais très vite, ça prend des proportions. On a beau faire le guet, ça vous tend des pièges, ça passe par derrière, sur les côtés, sur la pointe des pieds. Ça joue à la guerre, à l'occupation, à vous envahir la margoulette ! Une torsade pas trop visible, et vous perdez du territoire. Une mèche dans la canopée, et vous succombez au bras-de-fer. On me dit que je psychote, que je me fais des films, mais je le vois bien moi, que ça gagne du terrain. Où est passé mon front, mon joli front que même l'armée me jalousait ? Volatilisé ! À ce train, si je n'y fais guère attention, ce sera au tour de mes sourcils, de mes cils, jusqu'aux paupières qui sait, et mes bulots ? Ça ira bien couvrir mes yeux et tout le tralala ! C'est que j'y tiens à ma bouille, à mes trous de nez et mes mirettes. Allez veiller sans yeux, vous, c'est qu'il faut les surveiller, ces satanés cheveux, qui poussent, et poussent encore !

                                            
Mickaël Feugray / Dessin de Fanny Feugray


Le Pays de la Jeunesse

« Nul n'a le droit de venir en aide aux vieux. »
Tel est l'un des décrets de base du Pays de la Jeunesse. Mais il ne viendrait à personne l'idée d'enfreindre la règle, tant les vieux sont par nature arriérés, poisseux et contagieux. On y vit bien et peu, mangeant les vieux par les deux yeux, régulant la population à coups de barre à mine. C'est qu'on a compris, avec le temps, qu'il n'y aurait pas de place pour tous sur cette planète, autant éliminer les faibles. Puis l'on a oublié le pourquoi du comment, mais ça ne fait rien, il amuse tout le monde de traîner des vieillards de la mairie à l'école, la salopette accrochée à la boule de traction d'une voiture. Ce jeu - nommé le tire-vieux - compte dans la moyenne des élèves, coefficient 5. Mieux vaut un seul couteau rouillé que deux plaquettes de chocolat pour tuer un vieux. À moins que le chocolat ne soit empoisonné, mais c'est gâter de la belle matière pour une autre bien rance. Parfois, l'on a besoin d'un vieux, histoire d'aller récurer une centrale radioactive ou le foyer d'un volcan, on en garde donc quelques uns dans une grande cage, qu'on nourrit de purée et bouillies diverses. L'avantage du vieux, c'est qu'il se fait vite une raison et cesse de crier au bout de deux ou trois coups d’haltères sur la tête. On peut donc faire de la corde à sauter sans être dérangés. "Il fait froid dans vos cœurs" ânonnent les vieux sur le point d'y passer, un peu oublieux qu'ils ont été jeunes et assassins avant nous. Un jour, un vieux s'est rebellé, sous prétexte que la population s'abêtissait, qu'elle perdait son devoir de mémoire et qu'un homme sans mémoire s'apparentait aux animaux. On l'a longuement écouté, puis on lui a fait faire le chien avant de le pendre sur la place publique, c'était amusant et un beau spectacle pour les enfants. Des barbes-à-papa étaient offertes. J'écris ces quelques mots pour laisser une trace de mon passage dans ce beau pays. Car demain sonne mon vingtième anniversaire et la fin de mes beaux jours. Il va falloir courir et je ne suis pas très sportif...
                                                   
Mickaël Feugray / Photo de Jason Feugray



 L'ÉGLISE DE DIVAL  par Jocelyne Clergé 



En figure de proue d’un navire,
Le clocher de l’église à la tour carrée
Fend les airs fièrement.
L’aube jette un voile de magnificence.
Dans la nef, l’heure est au recueillement.
Figées, les aiguilles de l’horloge
Contemplent impassibles les promeneurs
Et les nuages qui passent dans le temps.
 
Léa Casale 






LES ELFES ARGENTES

Elfes de l'aube argentée, tels deux papillons légers
Pour leur premier envol au dessus de la nuée
Ils s'élanceront, portés par le vent
Malgré la peur du vide et du néant

Une liberté ailée courageusement méritée
précieux sésame d'une galaxie très convoitée
Comptant des êtres étoilés inscrits au firmament
D'un monde où Reine, elle l'appelle Maman

Point d'espoir déchu pour cette jeune fée
Pétrifiée en statue parfaitement immobile
Au bord du précipice, sur la cheminée
Qu'elle n'a jamais quitté, fut-elle volatile

                                                  Sarah-Lou
                                                 Sculpture sur fer de Txakekta



Vengeance fauve

Une crinière par-ci, une crinière par-là... Et vous ne trouvez pas ça humiliant, vous, de forcer un tigre à se travestir de la sorte ? De lui donner des airs de chaton ? Parce qu'il ne faut pas se méprendre, derrière le lainage se planque un crocodile, sous l’écheveau se pelotonne un requin, si ce n’est un tyrannosaure ! Alors certes, on l'affuble de crincrin tel un mauvais violon, on le fagote d'une perruque, on lui fourre un toupet comme s'il fallait masquer une vieille pelade ou une calvitie avancée, mais l'on n'y va pas sans gants, l’on sait son tableau de chasse, le bestiau ne s'enfile pas que de l'hermine, il a le gosier sec et raffole du sang chaud. Malgré tout, le commun des mortels persiste à y voir un gros matou à poils longs, c'est que les truismes sont tenaces et les appâts rances trompeurs. Prenez les expressions, il est des injustices criantes : souvent le tigre « baye aux corneilles » tandis qu'on ne verra jamais l'inverse ! Cela en dit long sur l'amabilité de la bête. Humble au possible, jamais un mot plus haut que l'autre, jamais une plainte à la gendarmerie, une bonne patte le pékinois ! On le traîne dans un parc, on lui apprend le hula hoop, on le place sous nos tables basses, à nos murs, dans nos chambrées, on s'en accoutre le squelette, et lui joue le docile, ne bronche pas d'un poil. Mais ce n'est que partie remise, il ne fallait pas abuser du bougre. L'autruche n'est pas menteuse, or, je tiens de source sûre que le félin fomente sa riposte ! Il est prévu qu'il redore son blason, c’est imminent, tout frais tout neuf, est venue l’heure de la vengeance ! Jetez vos pelisses avant qu’elles ne vous mordent, visitez vos aïeux plutôt que les cages aux fauves, offrez du coton à mère-grand, nous ne sommes plus au paléolithique, la mode a quelque peu changé. Le tigre se rebiffe, qu’on se le dise, il a des allures de gréviste. J’ai croisé dans la rue une dame poursuivie par son pardessus, elle avait beau courir vite, les félins restent les rois du sprint. Tombez les fourrures, préférez-y les gabardines ou les sardines. Relancez les houppelandes, les pèlerines, nous avons bien d’autres cache-poussières pour s’éviter de repasser ces gros minets ! Soyez gentils, soyez prudents, sauvez sa peau, en même temps que la vôtre. Brossez-le dans le sens du poil, évitez d’être son garde-manger. Gardez vos cailloux dans vos poches, rectifiez le tir auprès de la faune : ce n'est pas le tigre que vous visiez mais bien le gardien du zoo. Je me suis toujours demandé qui de la fourmi sauvage ou du tigre domestique aurait le cran de manger mémé. Depuis hier, je sais...

Mickaël Feugray / PLAISANTERIE Peinture de Régine Lüdemann Lejeune

UNE AFFAIRE QUI ROULE

Oh comme il est bon de ne pas vivre ensemble
tout marche si bien entre nous

sur la même longueur d'ondes depuis que tu me snobes

laisse-moi m'occuper
des enfants que nous n'aurons pas
je suis bon cuisinier et partenaire sympa
aimes-tu cette maison que j'ai choisie hier ?
nous ne la paierons pas, ni loyer, ni beaux draps
on fera de ces économies !
Et pourtant je ne regarderai pas à la dépense
rien n'est trop beau pour toi
rien n'est plus impossible
qu'il est bon - je t'assure - de t'aimer au passé


Mickaël Feugray / BERTILLE par Bertille Argueyrolles

1 commentaire:

Anonyme a dit…
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